Manchot empereur : le seul oiseau qui couve en plein hiver antarctique
Il existe un oiseau qui choisit, pour se reproduire, le moment et l’endroit les plus hostiles de la planète : la banquise antarctique, en plein cœur de l’hiver austral. Le manchot empereur ne fait pas cela par bravade. Tout son calendrier est calé sur une contrainte simple, et le reste de sa biologie en découle.
Comment reconnaître le manchot empereur ?
Une silhouette hors norme
C’est le plus grand et le plus lourd de tous les manchots : il atteint 122 centimètres de hauteur pour une masse comprise entre 20 et 40 kilogrammes selon la saison, un écart qui dit tout de son mode de vie. Le dos est noir ardoise, le ventre blanc, et deux taches d’un jaune orangé s’étirent de part et d’autre du cou, s’estompant progressivement vers la poitrine sans former de limite nette. Le bec, long et légèrement incurvé, porte une bande colorée sur la mandibule inférieure.
Ne pas le confondre avec le manchot royal
La confusion est fréquente, et elle est logique : les deux espèces se ressemblent. Le manchot royal est plus petit, ses taches auriculaires sont d’un orange franc et nettement délimitées, en forme de virgule, là où celles de l’empereur se fondent dans le blanc. Surtout, ils ne vivent pas au même endroit : le royal fréquente les îles subantarctiques, l’empereur est le seul à se reproduire sur le continent antarctique lui-même.
Où vit le manchot empereur ?
Des colonies posées sur la glace de mer
Contrairement à la plupart des oiseaux marins, il ne niche ni sur la terre ferme ni sur un rocher. Ses colonies s’installent sur la banquise côtière, cette glace de mer soudée au continent qui tient plusieurs mois. Il n’y a pas de nid : l’œuf ne touche jamais la glace, il repose sur les pattes du parent.
Des colonies repérées depuis l’espace
Une partie des colonies connues a été découverte par satellite, non pas en voyant les oiseaux, trop petits à cette échelle, mais en repérant les taches brunes que le guano laisse sur la glace blanche. C’est une des rares espèces d’oiseaux dont on recense les populations à partir de leurs déjections vues depuis l’orbite.
Pourquoi couve-t-il en plein hiver ?
Un calendrier à rebours
Le poussin doit être autonome au moment où la banquise se disloque et où la mer regorge de nourriture, en fin d’été austral. En remontant le fil, la ponte doit donc avoir lieu au début de l’hiver. C’est cette contrainte, et non un goût pour le froid, qui explique le calendrier le plus improbable du monde aviaire.
Le jeûne du mâle
Le manchot empereur est le seul manchot dont le mâle couve seul. La femelle pond un œuf unique, le transfère à son partenaire en quelques minutes, opération délicate où l’œuf ne doit pas rester au contact de la glace, puis repart vers la mer se nourrir. Le mâle reste. Il incube environ 64 jours, l’œuf posé sur ses pattes sous un repli de peau ventral, sans rien avaler. À l’éclosion, il jeûne depuis près de 115 jours, arrivée à la colonie comprise, et a perdu une part considérable de sa masse.
Comment survit-il à l’hiver austral ?
La tortue, une mécanique collective
Les mâles se serrent les uns contre les autres en une formation dense que les observateurs appellent la tortue. Ce n’est pas un tas immobile : le groupe tourne lentement, chaque individu passant à son tour de la périphérie exposée au centre abrité, puis ressortant. Aucun ne reste indéfiniment au chaud, aucun ne reste indéfiniment au vent. C’est l’un des exemples les plus cités de thermorégulation sociale chez les oiseaux.
Des adaptations qui vont plus loin que le plumage
Le plumage est dense, doublé d’une couche de duvet et d’une épaisse réserve de graisse, mais l’essentiel se joue aussi dans la circulation : un système d’échange de chaleur à contre-courant, dans les pattes et les ailerons, récupère la chaleur du sang sortant pour réchauffer le sang entrant. Les extrémités restent froides sans que le corps se refroidisse.
Que mange-t-il, et jusqu’où plonge-t-il ?
Son régime associe poissons, calmars et krill, dans des proportions qui varient selon la saison et la colonie. Pour les atteindre, il descend plus profond que n’importe quel autre oiseau : des plongées à 535 mètres ont été enregistrées, et les apnées dépassent couramment quinze à dix-huit minutes, avec des records approchant la demi-heure. Pour y parvenir, il ralentit son rythme cardiaque, tolère des taux d’oxygène qui seraient fatals à la plupart des vertébrés, et utilise des muscles chargés en myoglobine comme réservoir.
Reproduction et élevage du poussin
La femelle revient à l’éclosion, ou peu après, et prend le relais. Le mâle, lui, rejoint enfin la mer. Ensuite les parents alternent : l’un garde et nourrit le poussin, l’autre part chercher de la nourriture, parfois très loin selon l’étendue de la banquise. Retrouver son partenaire et son petit dans une colonie de plusieurs milliers d’individus se fait au chant : chaque oiseau possède une signature vocale reconnue par son conjoint et par son poussin. En grandissant, les jeunes se regroupent en crèches qui limitent les pertes de chaleur et les attaques.
Menaces et conservation
Le manchot empereur dépend d’un support qui n’est pas un territoire mais un état de la matière : une banquise côtière assez solide et assez durable pour porter une colonie pendant tout un cycle de reproduction. Quand elle se forme trop tard ou se disloque trop tôt, la reproduction échoue en bloc. C’est ce qui a conduit l’Union internationale pour la conservation de la nature à le classer en danger, alors qu’il figurait auparavant parmi les espèces quasi menacées. Les projections font état d’un recul majeur des effectifs d’ici la fin du siècle si la tendance se poursuit.
Questions fréquentes
Manchot ou pingouin ?
Manchot. La confusion vient de l’anglais, où le mot penguin désigne les manchots. En français, les pingouins sont des oiseaux de l’hémisphère nord qui volent, comme le pingouin torda ; les manchots sont australs et ne volent pas. Aucun manchot ne vit au pôle Nord, aucun pingouin ne vit en Antarctique.
Peut-on observer un manchot empereur en liberté ?
Très difficilement. Ses colonies sont sur la banquise antarctique, accessibles par expédition, et le calendrier de reproduction correspond à l’hiver austral, période où presque aucun navire ne s’y aventure. C’est l’une des rares espèces que la plupart des ornithologues ne verront jamais autrement qu’en images.
Pourquoi un seul œuf ?
Parce qu’un adulte ne peut en couver qu’un sur ses pattes, et parce que l’énergie disponible pendant le jeûne ne permet pas davantage. Si l’œuf est perdu, il n’y a pas de seconde ponte dans la saison : le couple repart sans descendance jusqu’à l’année suivante.
Porter le manchot empereur
Notre t-shirt Manchot empereur reprend la silhouette de l’adulte et le dégradé orangé du cou, sur un coton biologique certifié GOTS imprimé à la commande en France. Coupe unisexe, du XS au 4XL. Les autres espèces australes de la collection sont réunies dans le rayon Oiseaux antarctiques.
Pour finir
On retient du manchot empereur l’image d’un oiseau qui endure. C’est juste, mais incomplet : ce qu’il fait surtout, c’est synchroniser. Son cycle entier tient sur une fenêtre de quelques semaines pendant laquelle la glace porte encore et la mer nourrit déjà. Tant que cette fenêtre existe, l’espèce tient. C’est précisément elle qui se referme.
